
Lâcher prise : pourquoi est-ce si difficile… et comment apprendre à moins vouloir tout contrôler ?
- Pascale Chatelain
- il y a 6 jours
- 6 min de lecture
« Il faut que tu lâches prise ! »
Cette phrase, vous l'avez peut-être déjà entendue lorsque vous étiez stressé, inquiet ou préoccupé par une situation.
Le conseil part souvent d'une bonne intention. Mais il peut être particulièrement agaçant.
Moi cela m'agaçait beaucoup lorsque je l'entendais dans ma vie d'avant...
Parce que si nous savions comment lâcher prise, nous l'aurions probablement déjà fait !
Le lâcher-prise n'est pas un interrupteur sur lequel il suffirait d'appuyer. Il ne consiste pas non plus à devenir indifférent, à renoncer ou à attendre passivement que les problèmes se résolvent.
Il s'agit plutôt d'apprendre progressivement à distinguer ce sur quoi nous pouvons agir de ce que nous ne pouvons pas contrôler.
Et cette distinction peut considérablement changer notre façon de vivre certaines situations.
Qu'est-ce que le lâcher-prise ?
Lâcher prise, ce n'est pas abandonner.
Ce n'est pas se dire :
« Tant pis, je ne fais plus rien. »
C'est pouvoir se dire :
« J'ai fait ce qui dépendait de moi. Maintenant, je ne peux pas tout maîtriser. »
Nous pouvons agir sur beaucoup de choses :
nos décisions ;
nos paroles ;
certaines de nos réactions ;
la manière dont nous organisons notre quotidien ;
les actions que nous décidons d'entreprendre.
Mais d'autres éléments nous échappent :
le comportement des autres ;
leurs opinions et leurs décisions ;
certains événements ;
les imprévus ;
ce qui s'est déjà produit ;
et, bien évidemment, une grande partie de ce qui arrivera demain.
Lâcher prise consiste notamment à cesser de consacrer une énergie considérable à vouloir contrôler ce qui ne peut pas l'être.
Pourquoi avons-nous autant besoin de contrôler ?
Le besoin de contrôle n'est pas nécessairement un défaut.
Lorsque nous sommes confrontés à une difficulté, notre cerveau essaie naturellement de trouver une solution.
Nous réfléchissons, anticipons, évaluons les risques et imaginons différents scénarios.
Cette capacité est extrêmement utile.
Le problème apparaît lorsque notre cerveau continue à chercher une solution… alors qu'il n'y en a pas dans l'immédiat.
Une personne ne vous répond pas ?
Vous vous demandez pourquoi.
Vous attendez une décision importante ?
Vous imaginez toutes les réponses possibles.
Vous avez eu une conversation difficile ?
Vous la rejouez mentalement en imaginant ce que vous auriez dû dire.
Et notre cerveau nous souffle parfois :
« Si j'y réfléchis encore un peu, je vais bien finir par trouver une solution. »
Seulement, penser davantage ne nous donne pas toujours davantage de contrôle.
Cela peut simplement alimenter les ruminations mentales.
Stress, anxiété et besoin de contrôle
Ce phénomène peut être particulièrement présent lorsque nous sommes stressés ou anxieux.
Face à une situation perçue comme incertaine ou menaçante, notre organisme se prépare à réagir.
Notre attention devient plus vigilante. Nous recherchons les informations susceptibles de nous rassurer ou de nous permettre d'anticiper ce qui pourrait arriver.
Nous pouvons alors :
analyser encore et encore une situation ;
anticiper le pire ;
avoir du mal à prendre une décision ;
chercher constamment à être rassurés ;
éprouver des difficultés à nous arrêter de penser ;
ressentir des tensions physiques.
Et un cercle peut progressivement s'installer :
Incertitude → besoin de contrôle → pensées répétitives → stress → besoin encore plus important de contrôler.
Le lâcher-prise ne consiste donc pas simplement à décider de « penser à autre chose ».
Il s'agit aussi de permettre progressivement à l'organisme de sortir de cet état permanent de vigilance.
Le corps aussi a parfois du mal à lâcher
Nous parlons souvent du lâcher-prise comme d'un phénomène purement mental.
Pourtant, le corps peut lui aussi rester en tension.
Épaules relevées, mâchoires serrées, respiration courte, ventre noué, muscles contractés…
Nous pouvons vouloir nous détendre tout en constatant que notre corps semble incapable de le faire.
C'est l'une des raisons pour lesquelles certaines pratiques corporelles peuvent être intéressantes : plutôt que d'essayer uniquement de calmer les pensées par les pensées, nous pouvons aussi passer par le corps.
Respiration, mouvement, marche, automassage, relaxation, méditation, yoga, tai chi, qi qong ou activités dans la nature, par exemples, peuvent ainsi contribuer à créer des moments de ralentissement.
Une question simple : puis-je agir sur cette situation ?
Lorsque quelque chose vous préoccupe, essayez de vous poser cette question :
« Est-ce que je peux réellement agir sur cette situation aujourd'hui ? »
Oui, je peux agir
Dans ce cas, quelle est la plus petite action concrète que je puisse entreprendre ?
Passer un appel, prendre rendez-vous, envoyer un message, demander de l'aide, organiser quelque chose, prendre une décision…
Puis agir.
Non, je ne peux pas agir
La situation existe toujours.
Elle peut rester inconfortable.
Mais continuer à y penser pendant trois heures ne la modifiera probablement pas.
La question devient alors :
« Ai-je besoin de continuer à lui consacrer toute mon énergie maintenant ? »
C'est précisément là que commence le lâcher-prise.
Non pas dans le déni du problème, mais dans l'acceptation temporaire de notre absence de contrôle.
Comment apprendre à lâcher prise ?
Il n'existe évidemment pas de recette universelle.
Mais quelques habitudes peuvent aider à créer davantage d'espace entre une préoccupation et nos réactions.
1. Revenir à ce qui se passe maintenant
Lorsque notre esprit anticipe constamment demain, revenir volontairement aux sensations présentes peut interrompre momentanément cette projection.
Observer sa respiration, sentir ses pieds au sol, regarder ce qui nous entoure, écouter les sons…
Des choses extrêmement simples, mais qui ramènent l'attention vers ce qui existe réellement ici et maintenant.
2. Respirer plus lentement
Lorsque nous sommes tendus, notre respiration peut devenir plus rapide et superficielle.
Prendre quelques instants pour respirer tranquillement, sans chercher une performance particulière, permet de créer une pause.
Il ne s'agit pas de « chasser » les pensées, mais simplement de ramener régulièrement son attention vers la respiration.
3. Bouger
Une marche, quelques mouvements doux, du Do-In ou des automassages peuvent permettre de quitter momentanément le flot des pensées pour revenir aux sensations corporelles.
Parfois, quelques minutes suffisent déjà à changer notre état intérieur.
4. Écrire ce qui tourne en boucle
Mettre une préoccupation sur papier peut permettre de la sortir momentanément de notre tête.
Vous pouvez par exemple créer deux colonnes :
Ce qui dépend de moi | Ce qui ne dépend pas de moi
Puis décider d'une action concrète pour la première colonne.
Pour la seconde, l'objectif sera progressivement d'accepter… qu'il n'y ait peut-être rien à faire aujourd'hui.
5. S'autoriser à ne rien résoudre pendant quelques minutes
Nous avons parfois tellement pris l'habitude d'être dans l'action que ne rien faire devient presque inconfortable.
Pourtant, s'asseoir, regarder par la fenêtre, écouter de la musique, boire tranquillement une tasse de thé ou marcher sans objectif peut constituer un véritable apprentissage.
Celui de ne pas être constamment en train de faire, prévoir ou résoudre.
Et la réflexologie dans tout cela ?
Une séance de réflexologie offre justement un espace dans lequel la personne n'a rien à accomplir.
Pas de performance.
Pas de problème à résoudre.
Pas d'objectif à atteindre pendant la séance.
Le toucher, les pressions exercées sur les zones réflexes et le temps consacré à soi peuvent favoriser une sensation de détente et aider certaines personnes à revenir davantage à leurs sensations corporelles.
Dans mon approche, la réflexologie peut ainsi s'intégrer dans un accompagnement plus global de la gestion du stress, aux côtés notamment de la respiration, du Do-In, des automassages et d'autres conseils adaptés à la personne.
Elle ne fait évidemment pas disparaître les difficultés de la vie.
Mais elle peut offrir quelque chose qui devient parfois rare lorsque tout s'accélère :
un temps pendant lequel vous pouvez simplement arrêter de vouloir tout gérer.
Plusieurs séances peuvent être nécessaires pour atteindre un état de sérénité et de lâcher-prise.
Lâcher prise ne signifie pas tout accepter
Cette nuance est importante.
Il existe des situations dans lesquelles il faut au contraire agir, poser des limites, demander de l'aide, se protéger ou consulter un professionnel compétent.
Le lâcher-prise ne doit jamais devenir une injonction à supporter une situation qui nous fait du mal.
Il ne s'agit pas de renoncer à ce que nous pouvons changer.
Il s'agit plutôt de préserver notre énergie pour agir là où notre action peut réellement avoir du sens.
Et si vous commenciez simplement par poser le problème ?
Nous aimerions parfois pouvoir déposer définitivement ce qui nous préoccupe.
Dans la réalité, certaines pensées reviendront.
Et il faudra peut-être les déposer à nouveau.
Puis encore une fois.
Le lâcher-prise est davantage un apprentissage qu'un état permanent.
Alors, la prochaine fois que votre esprit cherchera désespérément une solution à quelque chose que vous ne pouvez pas résoudre immédiatement, essayez simplement de vous demander :
« Est-ce que cela dépend de moi ? »
Si oui, agissez lorsque vous le pouvez.
Si non, autorisez-vous peut-être à poser cette préoccupation quelques instants.
Vous pourrez toujours la reprendre plus tard.
Parfois, lâcher prise ne consiste pas à résoudre le problème.
C'est simplement accepter de le poser quelques instants.


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